Le record de créations d’associations cache une érosion que personne ne veut voir Abonnés
Un quart des Français sont bénévoles, mais ceux sur qui l’on peut compter se font plus rares
Le bénévolat tient : 25 % des Français de 15 ans et plus donnent du temps à une association, soit 13 millions de personnes, et les jeunes d’aujourd’hui s’engagent davantage que ceux de 2010. Mais ce chiffre global masque l’essentiel. Les engagements ponctuels progressent, tandis que la part de ceux qui viennent chaque semaine est passée de 11 % à 10 % en un an, soit 500 000 bénévoles réguliers de moins. Or ce sont eux qui ouvrent la salle, tiennent la caisse et siègent au bureau, dans des associations qui, pour neuf sur dix, n’ont aucun salarié. Les seniors, qui assuraient cette continuité, ne sont plus que 28 % à s’engager contre 38 % il y a seize ans, et les plus jeunes prennent le relais par missions courtes. On peut le déplorer, ou bien s’y adapter en proposant des rôles précis, avec un temps indiqué à l’avance et un référent, plutôt qu’en attendant que les volontaires se présentent d’eux-mêmes.
Les associations qui emploient réduisent la voilure sans faire de bruit
Le signal le plus préoccupant vient des 153 000 associations employeuses. L’emploi associatif a reculé en 2025 pour la première fois depuis quatre ans, avec près de 4 000 salariés en moins. Au printemps 2026, six employeurs sur dix jugeaient leur situation financière difficile, 58 % se disaient pessimistes pour la rentrée, et un sur six reconnaissait avoir modifié son projet pour satisfaire aux conditions de ses financeurs. Autrement dit, ce ne sont plus les besoins des habitants qui dictent l’action, mais les critères des subventions. Le repli se fait rarement par une fermeture : un poste n’est pas remplacé, une activité s’arrête, un projet est reporté. Il est donc invisible dans les statistiques comme dans les conseils municipaux, et il frappe d’abord les zones rurales fragiles et les quartiers prioritaires, là où l’on a le plus besoin de ces associations. Le bon indicateur, pour une commune, n’est pas le nombre d’associations inscrites à son forum de rentrée, mais ce que chacune d’elles est encore capable de faire l’an prochain.
Romain Boisset le 03 novembre 2026 - n°399 de Communes et Associations
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