Plan Grand froid : les préfectures à contretemps des alertes des associations Abonnés
Pourtant cette année, le décalage entre les remontées du terrain et la réponse préfectorale a été vivement critiquée. Les associations qui interviennent quotidiennement auprès des personnes sans-abri ont signalé une dégradation immédiate des situations et l’absence de solutions disponibles. Face au silence des pouvoirs publics, elles ont publiquement dénoncé le fait que, dans certains territoires, ces alertes n’aient pas été suivies d’effet assez vite : activations tardives voire aucune activation du Plan, renforts jugés trop limités, lecture trop restrictive des critères alors que le besoin était déjà visible.
L’Union nationale des centres communaux d’action sociale (Unccas) replace cette séquence dans une crise plus large. Elle rappelle qu’il y aurait au moins 350 000 personnes sans domicile en France et qu’environ 61 % des appels au 115 restent sans solution. Dans un système à ce point saturé, le plan Grand froid, lorsqu’il est activé, ne peut plus jouer pleinement son rôle de recours d’urgence : il révèle surtout un parc d’hébergement sous-dimensionné, maintenu autour de 203 000 places depuis 2024, alors que l’Unccas appelle à financer au moins 10 000 places supplémentaires.
Quand la décision tarde, la pression se reporte mécaniquement sur les communes. Maires et centres communaux d’action sociale ont ouvert ces derniers jours sur tout le territoire des solutions temporaires, mobilisé des équipements, assuré la logistique avec les associations et coordonné des réponses locales parfois avec les acteurs sanitaires. Si la réactivité et la mobilisation locales ont permis de soulager la prise en charge des personnes dans la rue, ces réponses ne doivent pas faire croire à l’État qu’il peut se reposer sur les maires pour absorber l’urgence.
La chaîne d’alerte doit ainsi reposer sur les associations de terrain. Ce sont elles qui voient le basculement en premier, qui documentent la saturation du 115, qui repèrent les personnes les plus fragiles, et qui font remonter les signaux aux pouvoirs publics. Un plan Grand froid crédible doit donc partir de cette réalité : écouter ces remontées, déclencher plus vite, et donner des moyens à ceux qui interviennent sur le terrain, plutôt que de laisser l’urgence se gérer au coup par coup.
Romain Boisset le 20 janvier 2026 - n°382 de Communes et Associations
- Conserver mes publications au format pdf help_outline
- Recevoir par mail deux articles avant le bouclage de la publication.help_outline
- Créer mes archives et gérer mon fonds documentairehelp_outline
- Bénéficier du service de renseignements juridiqueshelp_outline
- Bénéficier du service InegralTexthelp_outline
- Gérer mon compte abonnéhelp_outline