Signes religieux dans le sport : une polémique à visée uniquement électoraliste ? Abonnés
Pour sortir d’un flou juridique dans le domaine sportif, une proposition de loi a été introduite en février dernier par le sénateur Michel Savin afin d’harmoniser les pratiques dans toutes les disciplines sportives et ainsi d’assurer le principe de laïcité dans tous les sports. On rappelle en effet qu’à ce jour, il revient à chaque fédération sportive de définir librement les règles de neutralité religieuse dans son sport. Si la Fédération française de football et celle de basketball interdisent strictement le port du voile par les joueuses lors de compétitions sportives, celles du handball ou du rugby ne le proscrivent pas. Sa proposition de loi prévoit ainsi l’interdiction de tout signe ou tenue manifestant une appartenance politique ou religieuse lors des compétitions sportives, y compris amateur.
Durant son examen au Sénat, le gouvernement a soutenu ce texte sans ambiguïté, lequel a ensuite été adopté. Mais depuis qu’il est arrivé à l’Assemblée nationale, des dissonances se sont fait entendre au sein du gouvernement. Première concernée, c’est la ministre des Sports elle-même qui, lors d’une audition a appelé à éviter les confusions et amalgames en réfutant le terme connoté d’entrisme, utilisé devant le Sénat par François-Noël Buffet, ministre auprès du ministre de l’Intérieur. C’est ensuite Elisabeth Borne, ministre de l’Éducation nationale, qui a pris ses distances avec la proposition de loi en rappelant qu’il était de la responsabilité des fédérations de définir leur règlement intérieur. Enfin, le garde des Sceaux a publiquement regretté les prises de position de ses collègues en laissant penser qu’elles accommoderaient le communautarisme, alors qu’elles ne font que rappeler le droit en vigueur. Puis, il a menacé de ne pas rester dans un gouvernement qui cèderait sur ces questions. Signe de cette fébrilité gouvernementale, sur un sujet qui aurait pu passer pour mineur par rapport aux réels besoins des Français, il aura fallu une intervention du Premier ministre, lequel a convoqué tous les ministres concernés, pour finalement conforter Gérald Darmanin et Bruno Retailleau en indiquant que son gouvernement soutiendrait sans ambiguïté le texte de Michel Savin. Signe, s’il en est, d’une volonté de politiser certaines thématiques à des fins électoralistes, y compris sur des domaines comme le sport où le nombre de cas problématiques d’atteinte à la laïcité recensés par les fédérations est certainement infime pour mériter une telle polémique.
Romain Boisset le 01 avril 2025 - n°365 de Communes et Associations
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